lundi, 19 août 2019
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Ebola : Quatre axes stratégiques d’interventions pour réussir l’intervention de la riposte

La Redynamisation de la coordination ; tenir compte des besoins prioritaires de la population dans les opérations de la riposte afin de susciter son appropriation de la riposte; Initier la préparation à la riposte contre la Maladie à Virus Ebola (MVE) dans tout le pays en commençant par les zones à haut risque ; Concilier urgence et éthique dans les activités de riposte. Tels sont les quatre axes proposés par le Centre Interdisciplinaire de Gestion du Risque Sanitaire (CIRGS) coulés dans une feuille de route, à l’issue de la déclaration de cette épidémie comme une Urgence de Santé Publique de Portée Internationale (USPPI) par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Il serait judicieux de procéder à la redynamisation, totalement ou en partie, de l’équipe de coordination. Cette redynamisation devra concerner plusieurs points notamment, passer de l’approche pluridisciplinaire à l’approche multisectorielle. Ici, ce centre suppose que les causes probables de cette contre-performance nécessitent que des secteurs autres que la santé publique soient aussi impliqués dans cette riposte. Une implication qui ne devra pas être assimilée à l’intégration de certains experts des dits secteurs dans l’équipe de riposte mais une franche collaboration intersectorielle à un niveau un peu plus supérieur ; encourager la rotation des équipes sur le terrain car jadis les équipes qui allaient en renfort sur le terrain intervenaient pendant environ un mois. Même si cette période peut être prolongée pour diverses raisons, le maintien des mêmes équipes pour une très longue durée sur le terrain ne favorise pas l’innovation, surtout si ces équipes présentent des résultats qui ne sont pas encourageants; encourager l’utilisation des ressources humaines nationales formées lors des précédentes épidémies de la MVE. Car, il est difficile de comprendre pourquoi la RDC qui a géré neuf épidémies de la MVE ne dispose pas d’une masse critique de combattants de lutte contre épidémie. Ce qui porte à croire que toutes les personnes formées lors des épidémies précédentes n’ont pas été à la hauteur des attentes. Le CIRGS encourage l’utilisation des ressources humaines locales puisque l’utilisation des experts étrangers a montré ses limites dans plusieurs pays avec des problèmes de langue et de culture. Vu le niveau de réticence de la part des populations du Nord-Kivu vis-à-vis des étrangers, il serait souhaitable de privilégier l’utilisation des ressources humaines de la région.

Tenir compte des besoins prioritaires de la population

Parmi les raisons qui poussent ces populations à la réticence figure la non-prise en compte de leurs besoins dans les opérations de riposte. Lorsque les équipes de riposte pensent que la priorité, sur le plan sanitaire, c’est Ebola, la population peut penser à une autre maladie. Selon le CIRGS, intégrer la lutte contre cette maladie dans la riposte pourrait accroitre la chance d’adhésion de la population aux activités de la lutte.

Par ailleurs, les conséquences de l’Urgence de Santé Publique à Portée Internationale (USPPI) pourront déstabiliser les activités locales. Dans le cas du Nord-Kivu, la plupart des personnes exercent les activités liées à l’agriculture, l’élevage ainsi que le commerce. Les activités de riposte ainsi que l’aide humanitaire devront donc viser ces trois secteurs et devront plus particulièrement créer des projets de développement durable dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et de la petite industrie.

En prévision d’une quelconque fermeture des frontières, ces activités pourront permettre la production des denrées alimentaires afin d’éviter l’insécurité alimentaire. Les activités de petites industries  telles que boulangeries, unités de fabrique permettront aux populations concernées de résorber le chômage et de ravitailler les contrées en denrées de première nécessité.

Préparation à la riposte dans tout le pays

« Le fait que le patient de Goma soit renvoyé vers Butembo est un mauvais signal en rapport avec la préparation à la riposte contre cette épidémie », regrette le CIRGS. En effet, une personne peut quitter Butembo ou Beni et arriver à Kinshasa le même jour ou le jour suivant.  Ainsi, est-il impérieux de procéder à l’évaluation du niveau de préparation de toutes ces villes à la riposte contre la MVE, relever les insuffisances et proposer les actions qui s’imposent. Bien entendu, il faudra par la suite organiser toutes les vulgarisations des mesures de lutte, études socio-anthropologiques, analyses de l’impact socio-économique des interventions de la riposte,  modélisation du risque, renforcement des structures sanitaires publiques et privées.

Concilier urgence et éthique

Maintenant que la situation parait encore plus urgente suite à la déclaration de l’USPPI, signale le CIRGS, il y a risque de débordement vu la multiplicité d’activités et d’intervenants qui se dérouleront dans une très large zone difficilement contrôlable. Il est donc important de mettre en place des stratégies dissuasives en vue de promouvoir un climat de sérénité et de confiance mutuelle entre les équipes de riposte et la population. Pour cela, il recommande de s’assurer entre autres que toutes les interventions sur le terrain y compris la vaccination respectent les règles éthiques en commençant par le consentement libre des individus. Aussi, toujours est-il que les activités de recherche soient conduites selon les règles de l’art et cela malgré l’urgence de la situation ; les équipes d’interventions n’usent pas des extravagances sachant bien qu’elles interviennent dans une zone sinistrée, avec des personnes très traumatisées. Au les personnes influentes de la région qui seront massivement intégrées dans la riposte, le CIRGS demande de faire montre de la maturité et d’éviter la récupération politicienne de la situation à des fins personnelles puisque c’est contraire à l’éthique politique. Il faut également faire en sorte que le monnayage des interventions et l’utilisation de cette rémunération ne choque pas une population déjà démunie qui risquera de développer l’impression que cette riposte ne profite qu’à une frange de la population et bien plus aux autorités de la place ainsi qu’aux venants d’ailleurs. Aux personnes pourvoyeuses des services rémunérateurs aux équipes de riposte, de ne pas manifester ouvertement leur contentement comme si l’actuelle situation était bénéfique pour eux au risque de croire qu’ils souhaiteraient que cela dure longtemps. le CIRGS souhaite que des séances de moralisation régulière des troupes soient organisées et qu’une brigade de surveillance du comportement des personnes impliquées dans la riposte soit mise en place pour châtier tous les récalcitrants. Même si la composition de cette brigade ne sera pas révélée à tout le monde, son existence devra néanmoins être connue de tous les intervenants afin de les dissuader.

Pour le CIRGS, les enterrements devraient être organisés selon les us et coutumes en respectant les règles sanitaires. De ce fait,  l’anticipation de creusement des trous d’inhumation est entièrement prohibée.

Judith Asina

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