lundi, 16 septembre 2019
Home / A La Une / Me Tshiswaka au prof. Ilunkamba : « il faudrait s’en prendre directement aux crimes économiques »
Me Hubert-Tshiswaka

Me Tshiswaka au prof. Ilunkamba : « il faudrait s’en prendre directement aux crimes économiques »

Dans un entretien à bâton rompu, Me Hubert Tshiswaka, expert au Mécanisme National de Suivi (MNS) de l’accord-cadre d’Addis-Abeba décortique les défis qui attendent Ilunga Ilunkamba, Premier Ministre de la RDC nommé lundi 20 mai 2019, cinq mois après les élections du 30 décembre 2018. Pour lui, le Chef du Gouvernement doit regarder dans la direction des demandes de la population qui a besoin de la transparence dans la gestion du pays, en vue de la restauration de la dignité humaine. Ce juriste qui a longtemps œuvré comme Dg de l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) craint pour la gestion des droits civils et politiques ainsi que des droits économiques et culturels. Cela, d’autant plus que le nouveau patron de la primature  a travaillé sous le régime de Mobutu qui était très autoritaire et celui du Président Kabila, peu reluisant en matière des droits de l’homme.

Lisez l’intégralité de l’interview dans les lignes qui suivent : 

Matininfos.net : Me Hubert Tshiswaka, vous êtes désormais expert au MNS de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, quelles sont vos réactions à la suite de la nomination de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, comme Premier Ministre ?

Me Hubert Tshiswaka : la première impression c’est une satisfaction du fait que finalement nous avons un Premier Ministre pour la RDC depuis les élections de décembre 2018. Et combler le poste de Chef de Gouvernement, c’est capital pour que le pays puisse fonctionner normalement comme un Etat de droit. L’exécutif est dirigé certes par le Chef de l’Etat, mais le Chef du Gouvernement est le Premier Ministre. La deuxième chose, ce que nous avons finalement un premier ministre expérimenté et espérons qu’il va donner le côté positif de lui-même pour que le pays s’en sorte.

Cependant, il y a une certaine réticence de notre part. Le professeur Ilunga Ilunkamba vient tout fraichement de la Société Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) dont les travailleurs comptent plusieurs mois de non-paiement de salaire. Ceux qui ont le moins se plaignent ont une centaine de mois impayés. Il a géré la SNCC depuis 2014. Si depuis cette année à ces jours  il y a des gens qui se plaignent de retard de salaire, de décomptes finaux qui ne sont pas payés, de licenciement des personnes, nous craignons que les prochaines cinq années qu’il pourra avoir pendant le mandat du Président de la République, puissent souffrir des mêmes préoccupations des droits économiques. C’est la seule préoccupation que nous avons au sujet de la nomination de l’ancien DG de la SNCC.

Matininfos.net : ces problèmes de retard de paiement n’ont pas commencé avec lui. D’ailleurs il déplorait les difficultés de cette entreprise dès son accession à ce poste ?

Me Hubert Tshiswaka : si cela est la raison, nous serons plus préoccupés. Lorsqu’on est un bon gestionnaire et  se retrouve dans des conditions telles qu’on ne peut pas travailler, il n’y a qu’une seule option. C’est de démissionner ! Mais rester pendant cinq ans pour justifier qu’il y a eu des problèmes, ça veut dire qu’il y a un très sérieux problème de gestion.

Matininfos.net : quels sont les défis du nouveau premier ministre en terme de droit de l’Homme puisque le Président de la République fait de l’Etat de Droit son cheval de bataille ?

Me Hubert Tshiswaka : je présume qu’il aura des très grandes difficultés. A commencer par la culture d’ordre générale. Le professeur Ilunga Ilunkamba a travaillé sous le régime de Mobutu qui était très autoritaire. Il a travaillé avec le Président Kabila, peu reluisant en matière de droit de l’homme. S’il est premier Ministre avec le Président Tshisekedi qui prône le peuple d’abord, il aura des très grandes difficultés parce que qu’il y a beaucoup de droits et liberté qui sont actuellement acquis. Beaucoup de manifestations publiques sont organisées librement, il y a une très forte liberté d’expression et d’opinion, des opposants qui s’en prennent même au Chef de l’Etat dans les médias. Alors, je crains qu’il ne puisse faire face à toutes ces libertés qui seront difficiles à gérer. Il y a beaucoup de mouvements citoyens, d’ONG des droits de l’Homme. Si vous voyez ce que j’essaie de résumer, d’une part, il y a un dénouement des droits civils et politiques, il y a beaucoup de manifestations  politique, de liberté d’expression et d’opinion, mais de l’autre il y a beaucoup de préoccupations sociaux. Les travailleurs ne sont pas payés dans beaucoup d’entreprises publiques. Nous aurons un premier Ministre qui va souffrir face à ces défis de droits civils d’une part et des droits économiques et sociaux de l’autre.

Matininfos.net : qu’est-ce-que vous lui conseillez ?

Me Hubert Tshiswaka : Ma recommandation est très  claire. Il doit fournir un effort de regarder dans la direction des demandes de la population qui a besoin de la transparence dans la gestion de la République, conformément au Chef de l’Etat qui prône une nouvelle forme de gestion pour la restauration de la dignité humaine. Quand on a une bonne transparence cela veut dire qu’on ne va plus fermer les yeux sur l’impunité des crimes économiques. Sous le régime de Mobutu et Kabila, il y a eu beaucoup d’accusations des crimes économiques et d’enrichissements criminels. Vous avez lu panama papers. Regardez les grandes villes où les bâtiments sont érigés par des fonctionnaires de l’Etat. Dans le contexte actuel, c’est très préoccupant ! La corruption est la gangrène actuelle. Donc, s’il veut vraiment réussir, il faudrait s’en prendre directement aux crimes économiques en commençant par la grande corruption. Des millions et milliards de Dollars américains quittent le pays.

Propos recueillis par Judith Asina  

Essayer encore

Convoie des expulsés d'Angola en route vers Kananga (Ph. OIM)

13. 400 expulsés d’Angola retournent en RDC grâce à l’OIM et ses partenaires

Dans le cadre du projet «Assistance directe aux migrants vulnérables expulsés et retournés d’Angola en …

Avez-vous aimé l'article? Partagez et Laissez votre commentaire