Politologue Canadien d’origine congolaise, Patrick Mbeko envoie une réponse farouche à Olivier Nduhungirehe, Ministre rwandais des affaires étrangères qui s’indigne de la réintégration du Sylvain Ekenge, Porte-parole des FARDC. Dans une tribune que votre rédaction publie en intégralité dans les lignes qui suivent, il rappelle que le Rwanda a les cadavres dans le placard depuis le génocide de 1994. Il conclut que le pays des mille collines n’a aucune leçon à donner au pays de Lumumba.
Lisez in extenso l’intégralité de la tribune de Patrick Mbeko
Je n’ai pas vu l’information passer.
Voilà que les autorités rwandaises s’indignent de la réintégration du général Sylvain Ekenge — suspendu pour des propos controversés sur les femmes tutsies rwandaises — au poste de porte‑parole des FARDC. Étonnant, tout de même ! Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, est même allé jusqu’à qualifier cette décision de « troublante et indécente ». Mais enfin, Monsieur, qui vous autorise à vous immiscer ainsi dans les affaires internes de la RDC ? Et en matière de probité, êtes-vous vraiment bien placé pour donner des leçons au général Ekenge, au regard des accusations de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide qui visent plusieurs officiers des Forces de défense rwandaises (RDF) depuis le génocide de 1994?
Franchement, qui ignore que le général‑président Paul Kagame et ses hommes ont enjambé, au Rwanda comme en RDC, des centaines de milliers de cadavres de civils innocents pour assouvir leur soif de sang hutu rwandais et congolais ? Qui ignore que des éléments de l’Armée patriotique rwandaise (APR, ancêtre des RDF) ont méthodiquement éliminé tous les témoins gênants de leurs exactions, tant au Rwanda qu’au Congo ? Monsieur Nduhungirehe, feignez‑vous d’oublier les assassinats des Pères Joaquim Vallmajó (espagnol), Claude Simard et Guy Pinard (canadiens), tous trois exécutés pour avoir vu ce qu’il ne fallait pas voir dans les années 1990 ? Et l’Audiencia Nacional, en 2008, n’a‑t‑elle pas inculpé quarante hauts gradés rwandais pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, pour des faits commis au Rwanda et en RDC ? Le général Karenzi Karake, l’un des officiers visés, n’a-t-il pas occupé un poste de commandement au sein de la MINUAD malgré les graves accusations qui pesaient sur lui ? Et le Rwanda, à l’époque, n’avait‑il pas conditionné le maintien de son contingent de 2 500 soldats au Darfour au renouvellement de son mandat à la tête de cette mission ?
Alors, chers dirigeants rwandais, un peu de retenue et de décence. Le petit Rwanda est très mal placé pour faire la leçon à la RDC dans l’affaire du général Sylvain Ekenge. Bon retour mon général…
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