Kamerhe-Tshisekedi-Kabila

Décryptage de la guerre triangulaire Fatshi-Kabila-Kamerhe (Tribune de l’Analyste Serge Gontcho)

Il faut du recul, de la hauteur et une perspective globale pour évaluer correctement la situation politique nationale et ne pas faire, par insuffisance d’analyse, le jeu de l’ennemi. Nombreux se posent la question de savoir où va le Congo de Félix Tshisekedi. Plantons-en d’abord sommairement le décor.

L’État de droit est annoncé, avec un pouvoir judiciaire qui ose tutoyer, grande première, le pouvoir politique, avec les interpellations entre autres de Vital Kamerhe et d’Alexis Thambwe Mwamba. Des morts mystérieuses se succèdent dans l’entourage du chef de l’État, au point de susciter des soupçons d’un plan d’empoisonnement programmé.

La coalition FCC-CACH n’a plus de coalition que le nom, tant les croche-pieds se multiplient et au grand jour, le dernier en date étant l’éviction humiliante de Jean-Marc Kabund, autrefois grand défenseur de cette même coalition. Un juge est assassiné par empoisonnement en plein procès dans une affaire politico-financière qui sent la maffia à plein nez.

Le Président Félix Tshisekedi déroute par sa stratégie autant qu’il inquiète même ses défenseurs par son silence. Et l’ancien président Joseph Kabila se trouve trop jeune pour être ancien, et ses supporters clament à qui veut l’entendre qu’il contrôle tout : Gouvernement, parlement, assemblées provinciales, et bientôt les entreprises publiques. Venons-en maintenant aux questions qui se posent.

Nous entendons certains déclarer que Fatshi ne fait rien. Oui, c’est l’impression que cela peut donner, mais malgré tout, c’est court comme jugement. Tenez. Si l’état de droit se met en mouvement aujourd’hui, c’est par la volonté de Fatshi et de personne d’autre.

C’est cet état de droit encore balbutiant qui est salué partout en Afrique, faisant de la RDC un modèle, après avoir été celui d’une passation pacifique du pouvoir. C’est cet état de droit qui permet d’interpeller aujourd’hui les intouchables d’hier, comme Vital Kamerhe, Directeur du cabinet du chef de l’Etat, ou Alexis Thambwe Mwamba, président du sénat.
C’est encore cet état de droit qui permet de dire la vérité sur la cause de la mort du juge Yani, contrairement à ce qui s’est passé avec Floribert Chebeya où l’Etat s’est évertué à camoufler.

Un autre fait majeur c’est la liberté d’opinion et de parole. Sans cela, on imagine ce que serait le sort d’Ibrahim Kabila, qui est passé en direct sur les télévisions pour porter de graves accusations contre son présumé grand frère, Joseph Kabila.

Il suffit de penser à Armand Tungulu pour ceux qui ont la mémoire courte. Personne n’est plus inquiété pour avoir parlé ou avoir manifesté, sinon alors en catimini. C’est une très grande avancée, qui permet beaucoup de choses quand on a de l’imagination.

Le problème c’est que, pour ceux qui ont été sortis de l’Egypte sous la baguette de Moïse, la libération commence à ressembler à la traversée du désert, et ils s’en prennent au libérateur, non sans nostalgie pour le temps où chacun savait se débrouiller avec des « coops ».

Les élites ne doivent pas tomber dans la réflexion ordinaire populiste qui veut tout et tout de suite. Il est important de comprendre que jusqu’à ce jour Fatshi, malgré ses infirmités, demeure le meilleur allié du Congo dans sa renaissance. Il faut le comprendre et le soutenir, avant de se mordre les doigts demain quand il ne sera plus là.

Quant à Joseph Kabila, il n’a à s’en prendre qu’à lui-même. Au sortir de son mandat, après la passation de pouvoir, il pouvait passer dans les supermarchés et se faire applaudir sans feinte par les Congolais. Malheureusement, en voulant revenir aux affaires et dribbler Fatshi comme il avait dribblé la CENCO, il s’est mis dans une situation sans issue.

Pense-t-il opérer un coup d’état ? Destituer Fatshi, comme il vient de le faire avec Kabund, pour imposer Alexis Thambwe Mwamba à la tête de l’Etat ? Aucun de ces schémas n’est viable, ni même réaliste. Nous savons tous que Joseph Kabila a été piégé par les puissances étrangères qui ont tué son père et lui ont fait porter le chapeau, profitant de sa jeunesse, de la situation familiale trouble, de ses liens réels ou supposés avec des parents rwandais et de son peu d’instruction à l’époque.

Ce sont ces puissances qui l’ont maintenu au pouvoir en 2006 et 2011 respectivement contre Jean-Pierre Bemba et Etienne Tshisekedi qui avaient gagné la présidentielle. Parce qu’il fallait bouffer du coltan et du cobalt. Ce sont ces mêmes puissances aujourd’hui qui le pourchassent, comme ils ont pourchassé Mobutu en 1997, ou M’zee en 2001, sans oublier Patrice Lumumba en 1960.

En dix-huit ans d’un règne piégé où en réalité il ne contrôlait rien (on contrôlait pour lui), Joseph Kabila a plein de cadavres dans le placard. La solution pour lui n’est pas d’être en guerre contre le peuple congolais et son président Fatshi. Il a aussi complètement tort de croire tenir Fatshi par leur accord secret. Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Il ne doit pas penser que Fatshi est si démuni que ça : malgré ses infirmités, Fatshi a le peuple avec lui, malgré tout.

L’embastillement très politique de l’Evêque Mukuna qui a suscité une adhésion extraordinaire par sa campagne de l’éveil patriotique est une autre solution, non seulement malheureuse mais aussi inefficace à terme.
C’est un vent qui est levé et qui va souffler aujourd’hui plus fort encore qu’hier, parce qu’à la fougue de la première heure, impulsée par l’Évêque, va s’ajouter aujourd’hui la finesse des élites qui ont adhéré et continuent d’adhérer au mouvement. Joseph kabila ne saura pas exterminer tous les Congolais qui se dresseront sur son chemin. Alors, la fuite en avant, c’est pour quelle finalité ?

Enfin, Kamerhe. Le procès en cours dont le Directeur du cabinet du chef de l’État est l’un des personnages centraux révèle plutôt un système financier qui s’est accaparé de l’économie du pays, des boulangeries aux mines, en passant par l’hôtellerie, pour blanchir des capitaux au profit du terrorisme international, blanchiment dans le viseur du président Fatshi lorsqu’il a créé dernièrement l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) dont l’un des volets est la lutte justement contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

C’est sans doute là qu’il faut chercher le rôle occulte de Samir Jammal, le coaccusé de Vital Kamerhe, qui n’est pas sans nous rappeler les mésaventures de Congo Futur sous le régime actuel de Tshisekedi.

C’est toutes ces forces-là qui sont en présence, sans parler de celles qui visent la balkanisation et qui avancent chaque jour d’un petit pas. Il est absolument illusoire de penser que Fatshi seul va terrasser ce monstre à mille têtes.

Le salut est plutôt dans la prise de conscience des élites, dans l’éveil patriotique de tous les Congolais, et dans la concertation nationale. Oyo aza na matoyi ya koyoka ayoka ! Que chacun fasse sa part. Le peuple continue à se mobiliser pour prendre son destin en mains.

Serge Gontcho di Spiritu Santu
Téléphone : + 243 81 27 22 490 (+ WhatsApp)

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