Jean-François le Drian sur l’affaire « tutsi » : « Acculé, Kagame en est réduit à miser sur une escalade rhétorique, à crier au «génocide" pour et légitimer sa présence illégale en RDC »

Jean-François le Drian sur les FDLR : « leur influence réelle doit être relativisée »

Juriste français, Jean-Yves le Drian réagit farouchement par rapport à l’annonce du Gouvernement congolais sur la signature d’un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Dans une tribune, il estime que les quelques dizaines de survivants de la génération des génocidaires, lorsqu’ils sont encore présent, ne constituent plus le cœur opérationnel du groupe. Leur influence réelle doit être relativisée.

Les FDLR figurent parmi les principaux prétextes brandis par le Rwanda pour justifier sa présence militaire et son soutien à des groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo.

Ce groupe, estimé entre 1 500 et 3 500 combattants selon les périodes, compterait quelques dizaines de personnes ayant participé, directement au génocide de 1994. Compte tenu de l’âge des combattants actuels, la grande majorité d’entre eux n’avait tout simplement pas l’âge de prendre part aux massacres de 1994. Les quelques dizaines de survivants de la génération des génocidaires, lorsqu’ils sont encore présents, ne constituent plus le cœur opérationnel du groupe. Leur influence réelle doit être relativisée. Plus fondamentalement, la notion d’« idéologie génocidaire » apparaît elle-même comme un concept creux et instrumentalisé.

Plus fondamentalement, la notion d’« idéologie génocidaire » apparaît elle-même comme un concept creux et instrumentalisé. Comme l’a montré Scott Straus, les actes des perpétrateurs ne s’expliquent pas par l’adhésion à une idéologie cohérente et déterminante. Ils relèvent plutôt d’une peur exacerbée, d’un conditionnement par le sentiment d’insécurité ontologique, de contraintes sociales et de pressions locales exercées par des extrémistes.

L’étude des procès Gacaca démontre que l’idéologie du génocide fonctionne comme une invention quasi magique : une essence invisible que l’on prétend détecter à travers une parole isolée, une altercation, une célébration ou un geste anodin. C’est précisément ce mécanisme qui a permis aux Gacaca d’élargir à l’infini le cercle des personnes condamnées.
Il s’agit d’un outil de jugement divinatoire plus que d’une catégorie analytique rigoureuse. Il est temps de l’abandonner. Ce qui s’est produit en 1994 n’est pas le produit d’une idéologie génocidaire au vrai sens du terme. C’est le résultat d’une stratégie morbide délibérément choisie par les extrémistes : assimiler l’ensemble de la population civile tutsi aux combattants tutsi venus d’Ouganda. Ces combattants tutsi pour l’immense majorité ayant été, en toute logique, définis comme l’ennemi, la population civile tutsi fut placée de manière odieuse et criminelle dans la même catégorie.

L’ordre fut alors donné comme suite directe de l’assassinat de celui que beaucoup de Hutu appelaient « papa », d’anéantir la catégorie « ennemi », malheureusement en y comprenant les civils tutsi.
Cette stratégie, détestable et criminelle, fut bien une stratégie morbide, mais non une idéologie.

Aujourd’hui, les FDLR se comportent, pour l’essentiel, comme la plupart des groupes armés de l’est du Congo : ils saisissent les opportunités économiques et militaires qui se présentent.
Ils agissent également comme des groupes d’autodéfense visant à protéger des communautés hutu confrontées aux exactions de groupes armés tutsi, notamment le M23 ou placés sous commandement tutsi. Cette réalité a été dramatiquement illustrée en juillet 2025, lorsque plus de 319 paysans majoritairement des agriculteurs locaux ont été lâchement massacrés par des combattants du M23, soutenus selon l’ONU par des éléments des forces rwandaises, dans le territoire de Rutshuru.

Dans ce contexte, la démobilisation des FDLR constitue une très bonne chose. Il faudrait même aller plus loin. Pour tous ceux qui n’ont donc aucun lien personnel avec le génocide de 1994, on pourrait envisager, sur la base du volontariat et après un module de plusieurs mois de formation intensive (notamment au vivre-ensemble, aux manipulations autour des identités, à la diversité des points de vue sur l’histoire des Grands Lacs, à la citoyenneté congolaise et au respect des droits humains), leur incorporation éventuelle dans les Forces armées de la République démocratique du Congo.

Une telle mesure permettrait de transformer une page douloureuse en opportunité de reconstruction, de sortir ces jeunes de la logique de la brousse, de les intégrer et d’éliminer une fois pour toute un prétexte utilisé par Kigali pour piller, tuer et violer au Kivu.

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