Près de 10 221 Congolais ont participé à un sondage national lancé le 21 septembre 2025, à l’initiative de l’ASBL ProjetsdeSociété.CD. Cette enquête, menée sans financement externe et basée sur un questionnaire semi-structuré en ligne et en présentiel, visait à recueillir la perception de la population sur l’organisation d’un éventuel dialogue national inclusif.
Les résultats, publiés après 21 jours d’analyse, révèlent une demande profonde, urgente et structurée pour un processus de paix véritablement participatif.
Dans un contexte marqué par les conflits armés persistants, la crise économique et la méfiance envers les institutions, l’enquête s’est donnée pour objectif de replacer le citoyen au cœur de la réflexion nationale.
Elle répond à un constat : les nombreux processus de médiation menés jusque-là (Nairobi, Luanda, Doha, Washington…) ont montré leurs limites, et les populations souhaitent désormais participer directement à la définition d’une sortie durable de crise.
L’initiative a mobilisé 40 jeunes volontaires répartis dans 15 villes du pays notamment les villes de Kinshasa, de Goma, Bukavu, Uvira, Kolwezi et Kisangani. Ce qui a permis d’atteindre plus de 10 000 répondants entre le 21 septembre et le 10 novembre 2025.
Des profils des répondants
Au total 10221 personnes dont 71 % hommes et 29 % femmes âgées 80,9 % ont entre 26 et 50 ans ont été interviewées. Parmi elles, 70,4 % était constitué des jeunes adultes (18–35 ans) et 81,5 % de la population directement affectée par les conflits.
Ce fort taux de participation des jeunes et des personnes en zone de conflit donne au sondage une légitimité particulière.
Cinq grandes lignes majeures ont été révélées de ce sondage :
1. Un soutien massif à l’organisation d’un dialogue national (74,7)
Les trois quarts des répondants se disent favorables à un nouveau dialogue.
Mais ce soutien est accompagné d’une ambivalence marquée par une forte demande d’un “dialogue de rupture”, éloigné des pratiques de cooptation ; de la peur d’une instrumentalisation politique ou d’une légitimation des groupes armés ; et des exigences de résultats tangibles : sécurité, justice, relance économique.
Par ailleurs, 67,6 % des participants demandent que ce dialogue commence dans les trois prochains mois.
2. Un impact humanitaire alarmant des conflits
Dans un autre registre, les résultats de ce sondage ont démontré que parmi les personnes directement touchées par les conflits armés en RDC, 40,8 % ont perdu un proche, 50 % ont été déplacées, 55 % ont perdu leurs revenus, 15 % souffrent de traumatismes psychologiques et 5 % déclarent avoir subi des violences sexuelles (chiffre probablement sous-estimé).
Les témoignages évoquent une “fatigue morale collective”, un état proche d’une dépression nationale, surtout dans les provinces sous occupation.
3. Les attentes prioritaires : paix, sécurité et relance économique
Les participants à ce sondage ont placé leurs priorités sur la Paix et fin des violences (80 %), la Sécurité et intégrité territoriale (65 %), Relance économique et réouverture des banques (45 %), la Création d’emplois (40 %) ainsi que la Cohésion nationale et réconciliation (35 %).
La fermeture des banques dans certaines régions (sous occupation) est perçue comme l’un des obstacles majeurs à une vie économique normale, indique ce sondage.
4. Les facilitateurs les plus crédibles : CENCO, société civile et ECC
Les résultats de ce sondage supposent que la CENCO (40%), la société civile (30%) et l’ECC (25%) seraient les institutions jugées les plus aptes à conduire ou faciliter le dialogue, avec un taux de 20% des médiateurs africains neutres.
Les répondants insistent sur la nécessité d’une facilitation impartiale et enracinée dans les réalités locales, tout en mettant en garde contre les rivalités internes au sein des confessions religieuses.
5. Des formes de participation ancrées dans la proximité
Les modes de participation privilégiés, d’après les interviewés, seraient les consultations populaires (64,9 %) des réunions communautaires (63,8 %) et des mémorandums et pétitions (33 %).
Les citoyens veulent être consultés sur le terrain, et non par le biais d’élites ou de représentants jugés déconnectés.
Défis majeurs et recommandations soulevés par les participants
Plusieurs obstacles ont été identifiés lors de ce sondage notamment la méfiance envers les dialogues précédents, jugés inefficaces, la faible prise en compte des jeunes et des femmes dans les processus politiques, la crainte d’un partage du pouvoir entre élites, sans impact pour le peuple, ainsi que l’absence de mécanismes de suivi, de justice et de vérité.
Les participants ont recommandé le lancement d’un dialogue préparatoire dans un délai de trois mois, sous la facilitation de CENCO et de l’ECC, l’organisation des consultations populaires massives dans toutes les provinces et l’intégration d’une réponse humanitaire : soutien psychosocial, aide aux déplacés, appui économique.
Ils ont également proposé la mise en place d’un programme rapide de la réouverture des banques. Toutefois, ils exigent d’instituer un mécanisme de transparence et de redevabilité pour prévenir toute dérive et de communiquer régulièrement via médias, réseaux sociaux et rencontres publiques pour maintenir la confiance.
Les résultats du sondage révèlent une attente forte, urgente et majoritaire en faveur d’un dialogue national réellement inclusif. La population ne demande pas seulement à être consultée, mais à participer à un processus qui produit des résultats concrets qui conduiront à une paix durable, à la sécurité, à la vraie justice et une relance économique.
Il sied de souligner que ce dialogue, une fois organise, permettra à la RDC de se positionner face à une opportunité historique pour restaurer la confiance nationale et de tracer le chemin vers une paix durable.
La Rédaction
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