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De la légitimité défiance à la légitimité violence (Tribune de l’Analyste indépendant Serge Gontcho)

Une question occupe les esprits ces derniers jours : que dire de la violence actuelle dont les casses des wewa constituent la manifestation la plus virulente ? Certains condamnent fermement. D’autres avec virulence. D’autres encore se taisent, ou évitent. A la vérité, il n’y pas eu plus de réflexion que ça sur le thème de la violence, pourtant abondamment étudié par d’autres sociétés.

Le point de départ de toute démocratie c’est que « l’intérêt du peuple est la loi suprême », au-dessus même de la constitution. Le peuple est libre de rejeter une constitution et en élaborer une autre, quels que soient les articles-pièges que l’on mettrait dedans. Et si la constitution elle-même est soumise au souverain primaire, à plus forte raison les lois qui en découlent.

Il faut distinguer la violence d’oppression et la violence de libération. La première est immorale, la seconde est un droit inaliénable du peuple. « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution » (Article 64 de la Constitution congolaise).

Nous avons ce devoir, mais quels en sont les moyens ? Quand un individu veut prendre le pouvoir par la force, comment lui faire échec sans la force ?
Un analyste, intervenant dernièrement sur la question, a prétendu que le peuple n’a pas le droit d’empêcher un député du FCC de déposer sa proposition de loi.
Je ne suis pas d’accord. Pourquoi, parce qu’un député n’agit pas en son nom mais au nom du peuple. Si le député se met à défier le peuple dont il est censé tenir le mandat, il faut s’insurger.

On ne doit pas utiliser les lois et la constitution pour aller contre l’esprit de la loi. Le fait est que sommes en rupture de confiance, particulièrement avec des députés qui élus sans avoir été candidats. Rupture de confiance, situation de défiance.

Quand quelqu’un s’introduit dans ta maison avec un couteau, selon qu’il s’agit d’un ami ou d’un ennemi, tu auras des réactions différentes au vu du couteau. Le problème ce n’est pas le couteau mais le porteur du couteau.

Le vrai problème pour le peuple ce n’est pas la proposition de loi, mais le porteur de la proposition. Les développements sur tel article et tel autre de la constitution sont des matières techniques intéressantes.

On veut bien les suivre, mais nous n’allons pas prétendre les comprendre en une lecture alors que les experts même en la matière ne s’accordent pas. En l’occurrence, l’ensemble des magistrats ont encore affirmé hier rejeter les lois MINAKU-SAKATA. Pourquoi voulez-vous que le peuple croie aux démonstrations de MINAKU plutôt qu’à celles des magistrats ?

Pour résumer, je dirais deux choses.

  • La première est que la violence actuelle est légitime et qu’il est moralement condamnable de vouloir l’entraver. C’est comme d’interdire les milices d’autodéfense face à des bandits alors que l’autorité politique n’a pas les moyens d’assurer la sécurité.
  • La deuxième est qu’elle doit être gérée. Quand nous parlons de violence, nous ne disons pas qu’il faut tuer des gens. Tout est question de mesure. Partout au monde, les manifestants cassent, mais l’homicide n’est ni permis ni excusé.

C’est pourquoi il faut impérativement que les intellectuels (les penseurs) rejoignent les « combattants », que le ciseau accompagne le maillet, pour que la taille de la pierre ne détruise pas cette dernière, que la réflexion accompagne la force populaire pour ne pas perdre le contrôle de la situation.

Serge Gontcho di Spiritu Santu (+243 81 27 22 490)

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