Tshisekedi
(Photo by Luis TATO / AFP)

État de droit : Fatshi devant le rubicon (Tribune de l’Analyste Serge GONTCHO)

L’arrestation de Vital Kamerhe place Félix Tshisekedi dans une position inédite où il doit prendre la décision d’avancer, ou de reculer. Avancer c’est donner une réalité à sa promesse d’état de droit, où personne ne doit être au-dessus de la loi. Le Congo a cruellement besoin d’un état de droit, sinon il ne décollera jamais.

La justice est un objectif d’intérêt vital pour la nation. Les investissements étrangers et la justice sociale sont impossibles sans un état de droit. Et si les grandes puissances ont préféré collaboré avec le Rwanda plutôt qu’avec le Congo, c’est aussi parce que ce pays voisin pratique une certaine bonne gouvernance impossible à obtenir dans un environnement de corruption et d’impunité.

Il y a cependant des forces qui poussent dans le sens de reculer. Mais à l’observation, ces forces opposées sont centrées sur des individus. Pour certains, sanctionner VK c’est sanctionner un allié de poids, et Félix Tshisekedi ne saurait pas voler de ses propres ailes. Pour d’autres, il faut faire attention parce qu’un frère du Président lui-même serait emporté par la tempête des révélations à venir.

Le juste mot est qu’il s’agit là de chantages. Fatshi a tout à perdre, et ce définitivement, en cédant au chantage. Il faut aller de l’avant. VK n’est pas condamné et il jouit de sa présomption d’innocence, jusqu’au jugement. Il faut se féliciter de ce que lui-même a recommandé à ses partisans d’être calmes et sereins.

Par ailleurs, si un frère du Président est mouillé, il devra bien passer aussi chez le procureur. Si jamais Fatshi se hasardait à le protéger ou à le soustraire à la justice, il aurait donné lui-même à ses adversaires des armes pour l’achever. Dans le pire des cas, c-à-d. en cas de condamnation définitive, il faudrait que ces proches de Fatshi, amis ou fratrie, se souviennent que « celui qui paie ses dettes s’enrichit ».

Les questions ne s’arrêtent pas là, à ce chantage. Quid des autres prédateurs bien connus, qui ont mis le pays par terre par 18 ans de gestion calamiteuse et qui sont aujourd’hui dans le FCC ? Certains d’eux doivent répondre de milliards cachés dans des paradis fiscaux.

Bukanga Lonzo ? Gecamines ? Condamnera-t-on seul le voleur d’œufs alors que les voleurs de bœufs continuent à jouir au vu et au su de tous ? Et si « voler n’est pas bon », que dire des crimes de sang ? Que dire des assassins vrais de Laurent-Désiré Kabila, alors que des « innocents » croupissent en prison encore aujourd’hui ? Non, Fatshi ne peut pas faire l’impasse sur ces questions.

Comme on l’a vu ailleurs, lorsqu’il y a beaucoup d’arriérés de justice à régler, la solution peut consister à imaginer des solutions globales, parfois symboliques, avec des règles claires à convenir. En Afrique du sud, par exemple, cela a été « Vérité et réconciliation ». Il faut y réfléchir, car la justice élève une nation. Monsieur le Président, veuillez franchir le Rubicon.

Serge GONTCHO di spiritu santu

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