Serge GONTCHO

Les élites face à la distraction politique (Tribune de l’Analyste Serge Gontcho)

A quoi s’occupe l’élite congolaise depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi ? A commenter l’actualité, au gré des évènements. Il y eut les lendemains chauds de l’après-élections, puis la longue attente du premier ministre, puis les ordonnances de Tshisekedi barrées par le FCC, puis les opérations sécuritaires à Beni, et maintenant la cascade des affaires judiciaires pour des personnalités politiques et des grands chefs d’entreprises, ainsi que COVID-19.

Mais voilà, ça fait 16 mois que Tshisekedi est aux affaires, soit déjà le quart (25 %) du mandat. Or, si on admet que généralement le dernier quart du mandat est déjà consacré aux élections, il ne reste que deux quarts pour avancer les éléments d’un changement politique, sinon on reprend les mêmes et on recommence. Doit-on accepter cette perspective telle quelle ? Voyons.

Tshisekedi est dans un mandat difficile, coincé entre le FCC et le CACH. Katumbi et Bemba sont portés disparus. Fayulu est en embuscade, guettant le moindre faux pas de son ancien ami pour se présenter en alternative.

Rien donc comme renouvellement sur le contenu politique. En conséquence, les élections risquent fort d’être encore des combats autour de personnes et de tribus, au lieu d’une confrontation de projets de société et de projets de gouvernement, des élections au rabais, où les discours seront « J’y suis j’y reste » d’un côté, et « Il a échoué, essayez-moi » de l’autre, des élections sans projets.

Anticipant cette situation, un groupe d’intellectuels dénommé « Conscience Nationale en Action », CNA, s’était doté d’un plan quinquennal qui a démarré au même moment que le mandat actuel et pour la même durée, avec un but double :

1) Engagement des citoyens dans les problèmes d’intérêt communautaire et national durant le mandat, et 2) Engagement pour un renouveau politique à la fin du mandat. Il s’agit d’un mouvement citoyen visant d’abord les élites.

En effet, ce sont les élites d’un pays, en particulier les penseurs, qui peuvent, plus que les politiciens (surtout les politiciens actuels), insuffler le changement. Il est quand même absurde et paradoxal que les élites passent leur temps à commenter les faits divers et à critiquer les politiciens.

Ces derniers ne sont en fait que des prisonniers inconscients d’une culture politique qui les dépasse. Seuls les penseurs et les intellectuels peuvent briser ce mur de verre par l’élévation et la puissance que leur confère leur savoir. Et pourquoi ne le font-ils pas ? Notre thèse est que c’est par la négligence d’un chaînon simple mais essentiel, l’implication.

L’élite et la masse sont les deux sous-systèmes d’un grand système et l’ingénierie des systèmes nous enseignent qu’on ne saurait concevoir un système efficace sans avoir prévu les interfaces de communication entre ses sous-systèmes.

Il faut le reconnaître, la communication fonctionnelle entre les élites et les masses est quasi-inexistante. La faute en revient principalement à l’élite qui, au lieu de faire cet ultime effort, a préféré se complaire dans sa tour d’ivoire et attendre une hypothétique reconnaissance de la part des masses.

L’initiative de la CNA a été de constituer petit-à-petit cette jointure, cette zone de libre-échange entre les deux systèmes, avec des élites qui n’hésitent pas à mouiller le maillot, à manifester dans la rue, avec les ouvriers et les wewa. C’est ainsi que l’on a vu les responsables de la CNA dans la rue pour Beni en décembre et janvier, et pour d’autres actions citoyennes moins médiatisées.

La bonne nouvelle c’est que, après 16 mois de persévérance et de patience, la mayonnaise prend et de plus en plus de membres de l’élite s’engagent dans diverses actions.

L’une de celles-ci est le projet de formalisation d’ici la fin de l’année 2020 d’une pensée politique cohérente, adaptée aux réalités africaines et congolaises. Déjà quelques grandes figures de la pensée politique congolaise y collaborent, et tout le monde est le bienvenu ; il y a de la place pour tout le monde.

L’intellectuel qui ne veut pas d’engagement politique peut avoir ses raisons, mais celui qui s’intéresse à la politique mais se contente de commentaires sur les hommes politiques et les faits divers, celui-là devrait s’interroger lui-même par rapport à cette célèbre citation d’Henry Thomas Buckle « Les grands esprits discutent des idées ; les esprits moyens discutent des évènements ; les petits esprits discutent des gens ».

Serge Gontcho di Spiritu Santu

Conscience Nationale en Action

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