Yav et Mutombo

Les indélicatesses de Deogratias Mutombo et Henri Yav Mulang (Tribune de l’Analyste Serge Gontcho)

Deogratias Mutombo, gouverneur de la Banque Centrale du Congo, ne s’était pas rendu le lundi 10 août devant la police judiciaire des parquets pour être entendu à propos de l’affaire qui le met en scène en compagnie de l’ancien ministre des Finances Henri Yav Mulang et l’ancien DG de la Direction Générale des Impôts, Dieudonné Lokadi. Selon ses services, il n’en aurait jamais été question, et il vaquait normalement « au service de la République ». Faut-il croire à cette apparente sérénité qui n’est pas sans nous rappeler celle du Directeur du cabinet du Président de la République aujourd’hui en prison ? Rien ne doit être moins sûr.

Deogratias est cité dans l’affaire d’une avance sur la TVA de 100 000 000 de dollars US versée il y a cinq ans (2015) par la société Mutanda Mining (MUMI) et dont les traces à la Banque centrale sont perdues. Pour situer les profanes, il faut rappeler que la Banque a, parmi ses attributions, l’office de caissier de l’Etat. En cas de besoin urgent d’argent, l’Etat peut demander une avance auprès d’une des entreprises assujetties à l’impôt, cas de la MUMI. En la matière, le percepteur des impôts pour le compte de l’Etat c’est la DGI. L’accord ayant été conclu entre l’entreprise et l’Etat, il appartient au percepteur de l’Etat, la DGI, de percevoir cet argent et le reverser au caissier de l’Etat qui est la BCC. Or, cette procédure n’aurait pas été respectée. C’est le ministre des Finances lui-même, en tant que patron des régies financières, qui a agi à la place du percepteur, un peu comme le président d’une société qui se fait trésorier à la place du trésorier. C’est ce qui ressort de l’audition du DG de la DGI de l’époque, Dieudonné Lokadi, qui aurait seulement a posteriori émis les documents nécessaires pour « régulariser » la situation.

Pourquoi le ministre des Finances a-t-il, contrairement aux procédures, enjambé le préposé officiel ? Il va devoir l’expliquer, mais on reconnait là tout de suite une entorse, qui n’est la première ni la dernière. Du reste, qui prouve que l’argent a bel et bien été versé ? Rien, sinon la parole du ministre et du gouverneur de la Banque. Rien ne nous dit pas qu’il ne s’agit pas d’un « coop », comme nous en attendons beaucoup depuis l’affaire Jammal.

L’un dans l’autre, la Banque Centrale, c’est depuis quelques années qu’elle flirte avec l’illégalité. Il n’y a pas si longtemps, le gouverneur Deogratias Mutombo témoignant dans le procès des 100 jours, faisait étalage de sa complaisance coupable en reconnaissant avoir touché à la réserve d’échanges pour financer les travaux de 100 jours sur demande du Directeur du cabinet du chef de l’Etat, mettant ainsi à mal l’équilibre macro-économique du pays. Le moins qu’on puisse dire c’est que le gouverneur de la banque est aussi coupable que le commanditaire de l’opération, car c’est l’obligation première de la banque de maintenir cet équilibre. Justice n’aura pas été faite totalement si dans cette affaire, Deogratias Mutombo n’est pas sanctionné pour sa complicité manifeste. Kamerhe ne peut pas trinquer seul.

La Banque Centrale c’est encore la situation désastreuse de l’économie et du taux de change. Faut-il rappeler qu’elle a encore comme mission d’être le conseiller économique et financier du gouvernement ? Donc, un tel yoyo du taux de change ne peut pas arriver si elle fait sa mission. Alors, pourquoi on les paie, ces gens-là ? Dès lors on peut comprendre les nombreux experts économiques et financiers qui décrient l’impunité de la Banque Centrale qui est au cœur de la corruption en RDC depuis l’arrivée du placide Deogratias et même avant. Nous attendons les oreilles bien ouvertes la suite de cette affaire des 100 000 000.

Serge Gontcho di Spiritu Sanctu (+ 243 81 27 22 490)
Conscience Nationale en Action (CNA)

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