Amisi Tango Four et John Numbi

Mises en place dans l’armée : Un coup stratégique de Félix Tshisekedi? (Tribune de l’Analyste Serge Gontcho)

Les mises en place intervenues la semaine dernière au sein de l’armée et du pouvoir judiciaire laissent perplexe. Particularité? Rien n’a fuité et personne ne s’y attendait. Pour certains, Félix Tshisekedi est un maître stratège, pour d’autres, il n’y a rien de nouveau, ce sont les mêmes qu’on ne fait que déplacer. Et si on avait tous été bluffés ?

Le général John Numbi est un personnage qui ne fait pas l’unanimité et rappelle pour certains le Terminator Honoré Ngbanda de la fin des années Mobutu. Sa présence dans l’armée en tant qu’inspecteur général était mal vécue par plus d’un Congolais. Selon certaines organisations de défense des droits de l’homme, John Numbi est considéré comme le principal suspect de l’assassinat de l’activiste des droits de l’homme Floribert Chebeya.

Sous Joseph Kabila, le général John Numbi était placé à cette fonction juste avant la passation de pouvoir avec Félix Tshisekedi. Son absence notoire à la dernière rencontre du Chef de l’État avec les généraux de l’armée était vécue comme un affront au Chef de l’État, commandant suprême. Sa mise à l’écart est manifestement un point pour Fatshi.

Numbi remplacé par Gabriel Amisi dit Tango Four, n’est-ce pas faire le buzoba du ngando, fuyant l’eau du fleuve pour se retrouver quand même sous celle de la pluie? On peut supposer que ces mouvements n’ont pas été une surprise, du moins pas totale, pour le patron du FCC qui négocierait chaque poste en vertu de l’accord de coalition.

Peut-être que Fatshi a menacé de limoger Numbi, peut-être que Kabila a résisté avant de céder, à condition de trouver un remplaçant valable. Scenario réaliste. Amisi Tango Four n’est pas un saint, non plus. Il est accusé par divers rapports de massacres (Kisangani), d’exécution sommaire de civils et combattants (Mbuyi Mayi et Kindu), de vente d’armes à des groupes rebelles à l’est, de trafic de matière première … bref, Saint Pierre qui remplace Saint Paul.

Ce qui est intéressant à noter c’est que ces mouvements se sont accompagnés dans la même semaine d’autres mouvements bien plus importants, notamment dans le pouvoir judiciaire. Mouvements de chaise musicale qui permettent d’avoir un peu plus d’optimisme pour un état de droit et des élections transparentes en 2023.

Dans cette perspective, les mouvements au sein de l’armée ont certes servi à rebooster l’armée congolaise qui peine à remporter des victoires sur terrain, mais probablement plus à fatiguer le FCC. Dans l’art de la guerre, l’une de stratégie efficace est la diversion. Elle consiste à affaiblir l’adversaire en détournant son attention par des diversions afin de lui prendre des positions stratégiques ailleurs.

Il est clair que le FCC semble diminué. L’arrogance observée après l’interpellation de l’ancien ministre de la justice a laissé place à une forme d’étourdissement. A la défenestration au Parlement de Jean-Marc Kabund, proche de Fatshi, une main invisible a répondu par celle de Célestin Tunda ya Kasende, un proche de Kabila. Coup sur coup Shadary semble en avoir reçu un coup sur la tête, sonné. “On ne se laissera pas intimider” disait-il après la brève interpellation de Tunda.

Depuis, silence. Mabunda, Minaku, Thambwe Mwamba, mine de rien, se font plus discrets. La milice des Bérets rouges est décapitée. Dans le sens contraire, pour Fatshi, les rivaux d’hier, LAMUKA et son bras religieux (le CLC) amorcent le rapprochement. La redistribution des forces est telle que le FCC ne sait plus nommer sa stratégie. Confusion dans les rangs.

C’est ce qui explique cette programmation hasardeuse (excusez le terme) d’une marche de … soutien aux institutions, alors que la toute première institution c’est la présidence qu’ils combattent… Oups, qu’ils ont décidé de soutenir, alors que la marche était annoncée dans la foulée des autres protestataires.

Maintenant soutenir les institutions de la République est un acte à encourager. C’est une prise de pouvoir en douceur, à dose homéopathique. Prise de conscience de la réalité du pouvoir. Ces avancées à petits pas devraient inciter les mécontents de la dernière heure, comme le CLC, à réfléchir davantage sur leurs revendications.

Fatshi démontre qu’il a certainement de la ressource, car des résultats pareils, dans un environnement aussi hostile, ne s’obtiennent pas sans intelligence. On ne va tout simplement pas lui demander d’étaler sur la place publique ses stratégies. Attention à ne pas faire la mouche du coche. Il reste encore dans la coalition.

Serge Gontcho di Spiritu Sanctu (+ 243 81 27 22 490)
Conscience Nationale en Action (CNA)

A Lire Aussi

Conflits à l’ISDR Bukavu : La reprise des cours pour ce 12 Août après un dialogue

Conflits à l’ISDR-Bukavu : La reprise des cours pour ce 12 Août après un dialogue

Les activités scientifiques et techniques vont reprendre ce mercredi 12 août à l’Institut Supérieur de …

Avez-vous aimé l'article? Partagez et Laissez votre commentaire