Serge GONTCHO

Arrestation de Vital Kamerhe: Redistribution des cartes (Tribune de l’Analyste Serge GONTCHO)

Fatshi avait trois ennemis qui tous, arboraient la casquette d’ami : le FCC, l’UNC et l’UDPS. Il est de notoriété que Félix Tshisekedi n’a jamais eu les coudées franches pour appliquer « sa politique », comme cela est attendu normalement de tout président élu.

L’arrestation, fut-elle provisoire, du patron de l’UNC, Vital Kamerhe, sera le premier grand tournant politique dans le mandat du Chef de l’Etat congolais, parce qu’elle va immanquablement provoquer une redistribution des cartes sur l’échiquier politique.

L’UNC, plus précisément Vital Kamerhe, a été le subtil ennemi car, jamais il ne s’est présenté comme tel, rappelant à chaque occasion le parcours commun sous le drapeau CACH, parcours qui a conduit Félix Tshisekedi au pouvoir. Mais les affaires et l’ambition présidentielle pour 2023 sont passées par là. Pour ce qui est des affaires, précisément le CentJoursGate, la justice dira.

Quant aux ambitions de 2023, le moins qu’on puisse dire est qu’elles étaient de moins en moins conciliables avec la fonction de Directeur du cabinet de celui que l’on veut remplacer. Blanchi ou condamné, il ne faut pas s’attendre à voir Vital Kamerhe revenir au cabinet du Chef de l’Etat, surtout avec l’humiliation d’avoir été mis sous mandat d’arrêt. Se posent les questions de l’avenir de l’UNC et du devenir du CACH.

Les divisions vont nécessairement s’observer au sein de l’UNC. Qui des ministres ou du personnel nommé au cabinet du Chef de l’Etat acceptera de renoncer à ses avantages personnel pour soutenir Vital Kamerhe, surtout si celui-ci décidait d’affronter à visage découvert Fatshi ? Déjà hier, la visite d’une forte délégation de l’UNC auprès du Chef de l’Etat le jour même où son président prenait le chemin de la prison est plus que symbolique.

A l’issue de la rencontre, le SG a.i. de l’UNC a gratifié Félix Tshisekedi du titre d’autorité morale du CACH, une première. Et quant à sa position par rapport au CACH, il faut s’attendre à ce que l’UNC coopère pleinement car elle a tout à perdre et rien à gagner en sabordant l’alliance.

Ce sera peut-être, ironie de l’histoire, le meilleur allié dorénavant de Fatshi, qui n’aura plus que deux ennemis à gérer : l’UDPS et le FCC.

Les malheurs de VK ne font pas le bonheur de l’UDPS, bien au contraire. L’UDPS est congénitalement un parti de l’opposition, et elle continue à l’être, même étant au pouvoir. Là où elle est livrée à elle-même, elle a déçu : corruption des élus lors des élections des gouverneurs, amateurisme décrié là où ses candidats sont affectés, bagarres internes au sein du parti jusqu’à ce jour…

L’UDPS n’attire plus. Il n’y pas de jeunes ou des intellectuels qui cherchent à en devenir membres aujourd’hui. Or, qui n’avance pas recule. Si demain il n’y a plus un VK à qui imputer les entraves, l’UDPS fera-t-elle mieux qu’elle fait (ou ne fait pas) aujourd’hui ? Le pouvoir use et démystifie.

Mais l’UDPS aussi doit trembler car, il n’est pas impossible que des têtes tombent, soit entrainées dans les affaires, soit parce que Félix Tshisekedi sait qu’il a un bilan à présenter dans trois ans et qu’il ne peut s’accommoder trop longtemps de bois morts.

Troisième et dernier ennemi, le FCC. Il n’est pas sûr qu’il se réjouisse de ce qui peut sembler être la fragilisation du CACH. En effet, si la faux de la justice commence à balayer, les gestionnaires de 18 ans d’incurie managériale ont peu de chance d’échapper à la colère du procureur. Et au passage on s’apercevra que « mayi matala ngadiadia bantu » ;

Tshisekedi serait bien plus fort qu’il ne laisse paraître. Dès lors, face au danger potentiel, que faire ? Se dépêcher de trouver un motif pour le destituer ? Ou bien collaborer avec lui ? Les avis seront certainement partagés. Très partagés même.

Une chose est certaine. Tshisekedi aura besoin d’une nouvelle machine électorale pour 2023. Ce ne sera pas forcément l’UDPS, ou seulement l’UDPS, car celle-ci n’a pas été en mesure de le faire gagner toute seule en 2019, et qu’elle ne semble pas avancer.

Ceci ouvre la porte à des manœuvres tant des politiciens (LAMUKA, ENSEMBLE, AFDC-A de Bahati, et même une partie du FCC) que de la société civile. C’est bien d’une nouvelle distribution politique qu’il est question et Félix Tshisekedi a la main.

Serge GONTCHO di spiritu santu

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